Amirim : l’autre pays du bien-être

Amirim : l’autre pays du bien-être

Des maisons de vieilles pierres et des chalets de bois nichés au cœur de jardins pastoraux, le chant des oiseaux et des cigales, des parfums de sauge et de verveine, du vert et du bleu à perte de vue. Amirim est un moshav au charme unique, d’une sérénité qu’aucune exploitation industrielle ne vient troubler. Et pour cause, Amirim est un village de villégiature végétarien dédié au bien-être et à la nature.

Mais Amirim n’a pas toujours été cet espace champêtre florissant. Il fut auparavant peuplé d’immigrants du Yémen et du Maroc qui, vaincus par les épreuves de la nature et l’isolement du site, l’abandonnèrent en 1954. A cette époque, une poignée d’idéalistes, survivants de la Shoah pour la plupart, rêvaient déjà d’un village écologique duquel seraient bannies agriculture intensive et exploitation des animaux. « Nous n’allions pas faire subir aux animaux le même traitement que les nazis nous avaient infligé » explique l’un des fondateurs. Yéhuda Carméli recruta les premiers membres lors d’un congrès végétarien à Tel Aviv, et par annonce sur le magazine Nature et Santé. Ils furent bientôt 42 à vouloir réinventer un monde meilleur. Après une vaine tentative dans le centre du pays à Mishmar Hashiva, ces écolos de la première heure s’adressèrent à l’Agence Juive qui affréta un bus pour parcourir avec eux la Galilée, à la recherche du site idéal. « Quand nous sommes parvenus à Amirim nous avons été éblouis par la vue sur le Kinnereth. Nous avons refusé de visiter d’autres lieux. Ce n’était qu’une vaste colline aride mais c’est là que nous voulions vivre et cultiver les premières terres organiques du pays » se souvient Carméli. Quelques semaines plus tard, en novembre 1958, onze pionniers, huit célibataires, un couple et une enfant, s’installèrent sur les ruines des baraquements vétustes que l’Agence Juive avait fournis aux précédents habitants. « Les portes et les fenêtres avaient été volées et les toits étaient défoncés. Nous n’avions rien : ni route, ni eau, ni électricité, ni savoir, ni moyens, et nous avons connu le froid et la faim, mais nous avions la volonté et l’enthousiasme qui transforment les rêves en réalité… et après des années d’efforts, de larmes et de sacrifices nous avons été récompensés.»

Moshé Zarh’i qui rejoignit le groupe peu après, parle de ses premières impressions à son arrivée : « On aurait dit des fous échappés de l’asile. Un anglais revenu d’Inde où il avait été le disciple de Gandhi ; un vieil hongrois survivant de la Shoah qui ne parlait pas un mot d’hébreu ; des plus jeunes, décharnés, se remettant à peine de leurs blessures de 48, Suzanne, une parisienne elle aussi sauvée des camps et dont tous les hommes étaient amoureux. Et un géant, le seul qui savait travailler de ses mains, Yehouda Carméli, qui épousa Suzanne… ».

Vivant de fruits des bois, d’amandes et d’eau fraiche, ils attendirent longtemps le matériel promis par l’Agence Juive. Quand enfin ils furent équipés et formés à l’agriculture, ils durent se battre pour imposer leur approche éthique et leur refus d’engrais chimiques, qui à l’époque, semblait insensé aux autorités agricoles. Non sans mal, ils finirent par obtenir gain de cause et bientôt les semences organiques venues spécialement de Suisse portèrent les premiers fruits et légumes 100% bio, savoureux, gorgés de vitamines et de minéraux naturels.

Mais nos villageois n’étaient pas arrivés au bout de leurs peines… En 1959, des chrétiens adventistes, persuadés que le Messie naitrait de cet ilot végétarien, arrivèrent du Texas et de Guyane et s’installèrent à Amirim. Craignant pour leurs terres, les habitants s’opposèrent farouchement à cette intrusion et chassèrent les membres de la secte – scandale qui leur valut grands titres et opprobre de la presse: « Les habitants d’Amirim ne mangent pas d’animaux, mais ils mangent des humains ! ». Enfin Amirim connut des jours meilleurs grâce à un nouveau résident, leur ange gardien : Israël Gouri (père du poète Haïm Gouri), député qui présidait alors le Comité des Finances à la Knesset. « Ce fut notre plus grande chance. Israël Gouri était l’un des 36 Justes, d’une intégrité rare, sioniste ardent et végétalien engagé pour la cause animale, il était modeste et ingénieux. C’est lui qui eut l’idée de faire d’Amirim un site de villégiature. Il a convaincu Moché Soroka, le directeur de la Santé Publique, de financer la construction de dix maisons de repos à Amirim.

A l’époque, les rescapés de la Shoah venaient faire des cures à Safed pour le climat. Mais les rares hôtels ne suffisaient pas et pour gagner un peu d’argent il nous arrivait de louer nos propres maisons tandis que nous dormions dans les granges. C’est ainsi qu’est née la vocation d’Amirim… Peu à peu nous sommes devenus un village réputé pour son air pur et sa nourriture bio et en 1990, Amirim, reconnu premier village de villégiature du pays, connut un essor sans précédent grâce à l’aide octroyées par Ouzi Baram, alors ministre du Tourisme, pour construire des chalets…» explique Moshé Zarh’i, qui à l’époque était secrétaire général du moshav.

Depuis, Amirim n’a fait que se développer pour offrir des prestations toujours meilleures, et ce village où nature et sérénité rythment le quotidien, a fait de l’hospitalité une grande tradition familiale.